"This is Anfield !"

25/11/2015
C'était il y a quasiment 10 ans et notre reporter Laurent Brun était à Anfield Road pour voir les Girondins de Bordeaux en .. Ligue des champions. Voici son récit. 2/2
Tandis que quelques choppes rythment de nouveau la marche vers l’enceinte, la vue du « Liverpool Store » attenant motive la colonie de fans aquitains à faire un stop ; une halte très estampillée marketing. Mais, normal, ça fait partie du pack. Encadré par des maisons d’habitation – menacées de destruction en raison de la reconstruction envisagée d’un Anfield plus grand – le stadium, camouflé derrière des lots de bâtisses aux contours carrés, connait une avant-soirée des plus calmes. Foule disciplinée, bobbies à cheval, familles souriantes : tous les clichés dépeints outre-manche sont réels. Le bus des joueurs bordelais arrive, nous le saluons et Ricardo et ses hommes en font de même. La fièvre monte…
 
« This is Anfield ! »
 
Une fois passés devant l’emblématique statue de Bill Shankly, les diverses plaques commémoratives et les murs de briques rouges (ça ne s’invente pas), nous franchissons la grille métallique mythique, après avoir fait une pause lecture devant le non moins réputé écriteau « This is Anfield ». Et savourer, tant égoïstement que collectivement, le bonheur de s’asseoir dans le « Kop » rouge, transformé pour l’occasion en « Kop Bordeaux », devient réalité... Cette fois-ci, c’est la bonne ! Les images de l’enfance, des Dalglish, Keegan, Mc Dermott, Souness, Neal, Rush, Aldridge ou Grobbelaar, et de leurs trophées, défilent. Celles de la défaite à Chaban-Delmas, également. Mais ce soir, l’essentiel est ailleurs, probablement. À quelques sièges de nous, surprise : d’autres copains venus de Gironde sont là, alors qu’on n’en avait même pas parlé avant le départ…
 
Bientôt, les chants des supporters résonnent ; d’abord les nôtres, puis ceux des locaux. Frissons assurés, levage de poils ! On y est : le fameux et touchant « You’ll never walk alone » retentit. On chante et, limite on pleure, tellement c’est puissant. On communie, avec respect et ferveur. La sono est forte, les 45 000 chanteurs présents s’époumonent et ce, qu’ils soient rouges, ou bleus… C’est beau. Le speaker annonce les compositions d’équipes, les joueurs s’échauffent, et le public bordelais applaudit les initiatives de son homologue. C’est rare, c’est magique, c’est le sport. Le foot, tel qu’on l’aime.
 
 
Des buts et des chants
 
 
 
20H45. Monsieur Merk, l’arbitre allemand de la partie, donne le coup d’envoi. Ramé, Jemmali, Wendel, Micoud, Darcheville et consorts font illusion. Sauf que très vite, les partenaires de Peter Crouch (buteur à Lescure), ruinent leurs espérances. D’abord par Javier Luis Garcia, qui trompe le portier français dès la 21e minute de jeu, sur la première occase des siens. C’est rude, mais sa volée croisée ne laisse aucune chance. Bordeaux joue comme il faut, mais l’expérience et le réalisme européens des grands rendez-vous, bénéficie aux Reds, lesquels mènent à la pause. Le kop girondin, lui, fait un boucan d’enfer qui interloque les fans autochtones. Depuis la tribune visiteurs, je note sur un bout de papier chaque action de jeu, chaque fait, chaque impression. Le coup de tête de Fernando Menegazzo sur Riise, aussi, ainsi que le carton rouge sang en découlant… Steven Gerrard reste concentré et, au terme d’une échappée solitaire, inscrit le deuxième but (72e). Quand Javier Luis Garcia, encore, achève l’œuvre quatre minutes plus tard (76e). 3-0, Liverpool ira jusqu'en finale. Pour Bordeaux, la fête est finie.
 
 
Ou pas, puisque nous chantons, encore et encore, de longues minutes après le match, toujours parqués pour des raisons de sécurité dans notre carré réservé ! Mais ça, on s’en fout… À tel point que Gerrard, en capitaine exemplaire, oblige ses copains de victoire à venir se poster devant nous, pour nous applaudir et nous saluer ! Reina, Hyypiä, Carragher, Sissoko, Kuyt, Xabi Alonso, Luis Garcia, Fowler et quasiment tous les autres sont là. Hommage. On croit rêver ! Et pour remercier les hommes de Rafael Benitez à notre tour, on reprend en cœur un interminable et splendide « Hey Jude », avant de s’en aller finir la nuit non loin, dans des clubs célébrant un « Halloween » très coloré. En attendant l’avion du retour, au petit jour, puisque nous n’avons pas réservé d’hôtel…
 
Bordeaux est éliminé de la C1, pourtant, il se qualifiera pour les 16e de finale de la Coupe de l’U.E.F.A. Mais ça, c’est une autre histoire…  
 
 
Par Laurent BRUN
 
 
 

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